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Centenaire d'un Néodomien

Le samedi 26 septembre 2015 a été célébré l'anniversaire de M. ANTY Roland. Anniversaire auquel notre cité n'a pas manqué de s'associer.

C’est au domicile de M. ANTY Roland, rue Aristide Briand que M. le maire, Jean-Paul VINCHELIN, s’est rendu le samedi 26 septembre 2015, accompagné de Pascal SCHNEIDER, Conseiller Départemental et Martine GRAFF, adjointe chargée des affaires sociales, pour fêter ses 100 ans. Famille, neveux et nièces, petits neveux, amis étaient tous réunis dans une ambiance conviviale.

Roland ANTY est né en 1915 à Thorey-Lyautey, il a traversé un siècle entier dont la majeure partie de sa vie au XXème siècle. Avant la guerre, il part travailler très jeune dans différents domaines. Il est ensuite appelé au régiment de Toul pendant 2 ans. Expédié en Afrique, dans le sud tunisien jusqu’en 1940, Roland ANTY connaitra à son retour un terrible naufrage. Après avoir travaillé à l’usine au laminoir, il repart en STO (service du travail obligatoire) jusqu’à la fin de la guerre. M. ANTY travaille ensuite avec son épouse chez Sanal, à côté du rendez-vous des pécheurs (anciennement « la Marine »).

Roland ANTY est le 1er homme de 100 ans à Neuves-Maisons. Jean-Paul Vinchelin lui a remis la médaille de la ville ainsi que le livre « Neuves-Maisons d’ Hier et d’Aujourd’hui » en lui présentant les images de la rue Aristide Briand et « Le Peuple du Fer », avec ses photos de laminoir et de Saint Eloi, qui lui ont rappelé de nombreux souvenirs.

© Bérengère Toni Combe

Entretien de Roland Gabriel ANTY réalisé le  03 septembre 2015 par Mme TONY COMBE Bérengère  :

D’après le Maire, vous êtes le premier centenaire homme connu de Neuves-Maisons.
Je suis vieux hein ? Les autres, ils ont 97 ans, ça fait quatre ans de moins quand même !
Je suis né en 1915 le 26 septembre à Thorey-Lyautey, derrière le château.
Mes parents étaient cultivateurs. Mon père était de Thorey, et ma mère d’Eulmont, du côté de Sion.
Chez nous, on était cinq frères, j'étais le septième enfant. Il y avait 5 filles et quatre garçons. Avec moi on était neuf enfants. Ca faisait une tablée dans le temps, hein !
Ensuite on est parti à Favières où on est resté jusqu'en 1929, puis on s’est installé à Messein.
Moi, je suis allé travailler chez Fau quand j’avais 15 ans. J'étais à l'atelier, comme mousse. On faisait de tout : la ballastière, on s'occupait du dragage de la Moselle. J’y suis resté jusqu’à l’âge de 21 ans pour partir au régiment, en 1936.
A l’époque, c’était pour 4 ans, et puis je suis revenu en 40.
J’ai fait deux ans à Toul dans le régiment nord-africains : le 40e R.A.N. C'était le régiment d'artillerie nord-africain. Puis on a été expédié en Afrique dans le sud tunisien, à Garadémène, à la frontière italienne. On était 120 000 rappelés là-bas, sur la ligne l’arrête Mareth.
Finalement on n'a pas combattu : 18 mois après, en septembre 1940 ils nous ont rappelés.
Quand on est revenus, en mer, on a été naufragés.
Notre bateau n'a pas coulé mais deux autres bateaux l’ont été ! Ils étaient chargés de pinard et de blé !
Ils ont coulé tous les deux, l’un en trois minutes et l'autre une minute : ça a fait une gerbe d'eau et le deuxième a piqué du nez. Lorsqu’il a sombré, les hélices tournaient encore !
Sur notre bateau, il y a eu 110 morts. On a été sur les radeaux, dans l'eau jusqu'au cou, de huit heures du matin à quatre heures du soir. Quand ils nous ont récupérés, il y avait encore 24 heures de route pour gagner Toulon depuis les côtes de Sardaigne. Les bateaux étaient déjà pas mal chargés.
On était 380 rescapés.
Une fois à bord, ils nous ont dit « personne ne bouge sinon on est tous foutus ».
Il était 16 heures, alors ils nous ont donné une soupe et on n’est arrivé que le lendemain à Toulon. C’était le 13 septembre 1940.
Cette nuit-là, à minuit, deux types sont morts. Ils les ont mis sur une planche, ont donné un coup de sirène et puis ils ont fait glisser les corps dans l’eau. ça fait drôle ! On était tous sur le pont, ils disaient de ne pas bouger ; ils n'avaient pas le droit de les ramener.
Vous vous rendez compte, ils ont mis la planche comme ça, un coup de sirène : ça fait drôle !

Quand on est arrivé à terre, un copain qui était avec moi m'a passé un costume de la SNCF, son père était aux chemins de fer.
J'ai passé la ligne de démarcation à Mâcon devant les Allemands et puis je suis rentré à Nancy le lendemain. Quand je suis monté dans le train, j’ai découvert que c'était un train de permissionnaires, j'étais tout seul comme français !
Arrivé à Nancy, j’ai remis un habit de civil et suis retourné chez mes parents à Messein.
J’avais 25 ans.
Puis je suis allé travailler à l’usine. J’étais à l'entretien au laminoir, on entretenait les laminoirs, les transmissions, on faisait des réparations.
Au mois de mars 1943, on a été expédié en Allemagne, réquisitionnés par l'usine pour faire rentrer à notre place des bouchers et des coiffeurs. Il fallait signer un papier que je n’ai pas voulu signer : j’ai dit « je ne suis pas volontaire ».
En Allemagne, on était une trentaine à peu près à côté de Sarrebruck .
Puis mon frère a été blessé fin mai et j'ai une permission de huit jours pour venir le voir.
Je suis donc retourné à Messein et je ne suis pas reparti.
Je suis alors allé travailler dans une usine d'aviation tenue par les allemands, à l'entrée de Charmes. On était 1000 Français dont 380 personnes du travail obligatoire. J’y suis resté jusqu'à la fin de la guerre.
A la Libération, tout le monde est parti à droite à gauche et j'ai repris le chemin du laminoir. L’usine, qui avait été fermée et qui tournait au ralenti, nous envoyait nettoyer les impacts d’obus, il y en avait un peu partout à Essey, Ochey. Ils étaient dans la vase et on les enlevait avec la pelle.
Ensuite, ma foi, quand tout est rentré dans l’ordre, j'ai repris mon train-train à l’usine, au laminoir. C’est vieux tout ça !
En 1945, j’ai rencontré ma femme qui tenait la Sanal. Comme j’allais en commission, on a causé, puis ça a pris. Ma foi, ça c’est fait comme ça, on s’est donné des rendez-vous, et on s’est marié rapidement, le 17/02/1945 à Messein.
De 1945 à 1960, je travaillais avec ma femme au magasin en plus de ma journée à l’usine. J’allais chercher les marchandises la nuit les mardi, jeudi et samedi avec ma petite voiture, une 4CV. Je me levais à 2 ou 3 heures du matin pour aller chercher les légumes puis j'allais à l'usine à 7 heures jusque le soir à quatre heures.
Ça marchait bien le magasin, il était au bord du canal. Il y avait tous les mariniers avec leurs bateaux tirés par les chevaux et plus tard par des tracteurs. J’allais les livrer dans la journée ou le soir.
C’étaient des bons clients, je les connaissais bien les mariniers, ils faisaient souvent Toul, Commercy, Saint-Mihel et Neuves-Maisons. Ils s’arrêtaient parfois deux jours.
Et puis il y avait les cités avec 1800 ouvriers, on faisait crédit.

 
C’était une belle affaire, on a bien gagné notre vie ! On a acheté la maison en 1947, et ma paye de l’usine était de côté pour payer le crédit et faire les achats.
Ça a duré jusqu'en 1960 quand j’ai eu des problèmes de coeur.
Le docteur Nicolas m'a dit « c’est l’un ou l'autre, vous pouvez pas faire deux travails toutes les semaines ».
Ma femme avait 52 ans. Au début, ça lui faisait drôle de ne pas travailler, elle me disait « je m'ennuie ». Je lui disais « tu as assez travaillé » et puis après elle s’y est fait, elle faisait le jardin et tous les dimanche on partait soit en Alsace soit dans les Vosges, et on revenait le soir à sept heures, même quand on avait encore la Sanal.
On a bossé là-dedans !
Moi, j'ai travaillé à L’usine jusqu'en 75 quand j’ai eu 60 ans. J’ai été au docteur parce que j’avais une irritation à l’estomac. Il m’a fait des radios et il a dit c’est bon, ça va comme ça !
A la retraite, on faisait le jardin, il faisait 30 m de long, il y avait des fleurs, elle bricolait là-dedans !
Moi je bricolais à droite à gauche et puis on allait faire des petits tours le soir.
On s’occupait. Je lui disais « si tu t’ennuies, tu prends le train et tu vas te promener ». Alors elle partait à Nancy et revenait pour cinq heures.
Et puis pendant 14 ans, on est parti en vacances dans le midi, chez sa soeur, qui était receveuse des postes, à Saint Gaudens.
On a arrêté quand j’ai eu 74 ans. J’ai dit 1000 km, ça fait trop loin !
J’ai conduit jusqu’à 92 ans, on allait encore au marché le samedi avec ma voisine.
Voilà, voilà la vie qui a été.
Avec ma femme, on a été 70 ans ensemble, ici, dans cette maison. On n’a jamais eu un mot, ça a toujours été tranquillement, ça s'est passé comme ça jusqu’à l’année dernière quand elle est morte.
Elle a quand même vécu pas mal jusqu’à 105 ans ! Elle a encore une soeur qui a 98 ans et une autre de 88 ans.
Moi, je suis le seul vivant des 9 enfants, ma soeur est morte il y a 9 ans à 96 ans.
Je suis tout seul maintenant, qu'est-ce que vous voulez faire ! Il faut faire avec, mais c'est dur : je ne peux plus bien marcher, je regarde la télé, je dors.
Des fois je regarde par la fenêtre la rue Aristide Briand qui a bien changé. Avant, il y avait beaucoup d’écuries, puis l’usine a bâti. Maintenant, tout le monde y est propriétaire.

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